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Né à Reims en 1651. Mort à Rouen en 1719.
[30.04.1651]
Aîné d'une famille bourgeoise de 11 enfants, il étudie à Reims puis au séminaire de St Sulpice et à la Sorbonne, à Paris. Puis de nouveau à Reims.
[1671-1672]
Décès successifs de sa mère puis de son père. Jean-Baptiste devient tuteur de ses frères et sœurs. Il prend en charge leur éducation, et poursuit sa théologie à Reims.
[09.04.1678]
Déjà chanoine de la Cathédrale de Reims, il devient prêtre. Son évêque est alors Mgr Charles Maurice Le Tellier, frère de Louvois.
[Début 1679]
Jean-Baptiste rencontre M.Adrien Nyel créateur d'écoles. Il le conseille. Bientôt il devra se charger des maîtres pour les loger et les former. Sa famille s'insurge.
[24.06.1682]
Jean-Baptiste vient alors loger avec les ma îtres dans une maison louée. Ils décident de s'appeler "frères" et de vivre "en société".
[1684 - 1685]
Jean-Baptiste distribue ses biens personnels aux pauvres touchés par la famine.
[Fin 1685]
Jean-Baptiste crée un séminaire de maîtres de campagne, sorte de première école normale, pour répondre aux besoins de petites écoles de la campagne surtout.
[09.06.1686]
Jean-Baptiste et des Frères font "vœu d'obéissance". Le futur Institut fait ses débuts.
[24.02.1688]
Jean-Baptiste arrive avec deux Frères sur la paroisse St Sulpice à Paris. Il refuse de se cantonner à Reims et ses environs.
[21.11.1691]
Vœu héroïque de Jean-Baptiste de La Salle et des Frères Nicolas Vuyart et Gabriel Drolin, à Vaugirard.
[31.10.1692]
Ouverture à Vaugirard du premier noviciat de la "société", signe de sa croissance et du besoin de formation de base.
[06.06.1694 - Date clé]
Approbation de la Règle par un premier Chapitre général dans les jours précédents et qui formule le vécu des communautés. Jean-Baptiste avec douze frères émettent des vœux perpétuels d'obéissance, d'association pour tenir les écoles gratuites, et de stabilité. Ainsi se trouve fondée la "Société des Écoles chrétiennes" (terme de l'époque).
Jean-Baptiste est élu Supérieur de la "Société" contre son désir.
[1694-1695]
Jean-Baptiste commence à rédiger divers textes utiles aux Frères et aux écoles, textes de spiritualité et de pédagogie : Recueil, Mémoire des origines, Instructions ..., Catéchismes, Méditations, Exercices de piété..., Devoirs d'un chrétien, etc. Ceux qui ont été édités seront approuvés par un censeur royal, comme c’est obligatoire.
……/......
Beaucoup de soucis cependant : santés fragiles, fatigues, décès, découragements, tracasseries et procès avec les "corporations" de maîtres écrivains, etc. Joies, croissance et extension aussi.
[Octob.1702]
Deux Frères, dont Gabriel Drolin, sont envoyés à Rome pour y tenir une école du Pape et, probablement, pour solliciter l'approbation de la "Société" par le pape.
[Début1705]
Fondation d'écoles à Darnétal et à Rouen.
[10.08.1714]
Après une longue visite des Frères, dans le midi (Mende, Avignon, Grenoble, Alès, Les Vans), Jean-Baptiste obéit à l'ordre des Frères de revenir à Paris.
[16.05.1717]
Début du 2° Chapitre général qui élit le F.Barthélemy comme 1er Supérieur Général, révise les Règles, et élit deux Frères Assistants.
[1718-1719]
Jean-Baptiste poursuit la rédaction ou la mise au point des textes pour les Frères et les écoles.
[11.08.1718]
Jean-Baptiste cède au F.Barthélemy tous les livres qui lui appartiennent.
[05.09.1718]
Cession de ses "documents officiels".
[14.11.1718]
Et cession de tous ses meubles.
[07.04.1719]
Vendredi Saint, Jean-Baptiste décède à Rouen, à presque 68 ans. Inhumation le lendemain.
[24.05.1900]
Jean-Baptiste de La Salle est canonisé.
[15.05.1950]
Jean-Baptiste de La Salle est proclamé « Patron des maîtres chrétiens ».
Très sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, prosterné dans un très profond respect devant votre infinie et adorable Majesté, je me consacre tout à vous pour procurer votre gloire autant qu'il me sera possible et que vous le demanderez de moi.
Et pour cet effet, je Jean-Baptiste de La Salle, prêtre, promets et fais vœu de m'unir et de demeurer en société avec les Frères Nicolas Vuyart, Gabriel Drolin, Jean Partois, Gabriel Charles Rasigade, Jean Henry, Jacques Compain, Jean Jacquot, Jean Louis de Marcheville, Michel Barthélemy Jacquinot, Edme Leguillon, Gilles Pierre et Claude Roussel,pour tenir ensemble et par association les écoles gratuites en quelque lieu que ce soit, quand même je serai obligé pour le faire de demander l'aumône et de vivre de pain seulement, ou pour faire dans la dite société ce à quoi je serai employé, soit par le corps de la société, soit par les Supérieurs qui en auront la conduite; c'est pourquoi, je promets et fais vœu d'obéissance tant au corps de cette société qu'aux Supérieurs, lesquels vœux tant d'association que de stabilité dans la dite société et d'obéissance, je promets de garder inviolablement pendant toute ma vie, en foi de quoi j'ai signé : fait à Vaugirard, ce sixième juin, jour de la fête de la très sainte Trinité de l'année mil six cent quatre-vingt quatorze. (s) De la Salle.
Règles |
Abréviations |
Ecrits spirituels pour les Frères |
Abréviations |
Règles communes |
RC |
Explication de la Méthode d'oraison |
EM |
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Lettres |
Abréviations |
Ecrits catéchétiques |
Abréviations |
Lettres autographes |
LA |
Devoirs d'un chrétien 1 |
DA |
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Ecrits pédagogiques |
Abréviations |
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Conduite des écoles |
CE |
Lettre ou Mémoire de Messire Jean-Baptiste de La Salle
à Monseigneur Paul Godet des Marets, évêque de Chartres, 1702

(Tiré de la Vie de M. de La Salle, T1, page 375, par Blain. Rouen, 1733)
Commentaire introductif : Paul Godet des Marets (portrait ci-contre) et Jean-Baptiste de la Salle avaient été co-séminaristes à St Sulpice à Paris. Le premier s'étonne que l'on n'enseigne pas le latin d'abord, dans les écoles de son condisciple selon la pédagogie de l'époque. Jean-Baptiste doit donc se justifier et s'expliquer.
Voici l'argumentaire de la réponse de Jean Baptiste de La Salle, qui signe aussi le réalisme d'un choix pédagogique primordial et innovant (Lire le texte)

Commentaire introductif : Quelles circonstances ont suscité la rédaction de ce mémoire ?
En 1690, des frères sont venus de Champagne sur la paroisse St Sulpice de Paris pour fonder une école. Leur habit a étonné. Monsieur le curé Baudrand souhaite modifier l'habit de ces quelques frères. Jean-Baptiste de La Salle déborde cette question pour informer ouvertement sur la communauté naissante et sa manière de vivre. Ce texte reflète donc les intuitions de départ et les règles récentes de vie de ce groupe d'hommes qui deviendra l'institut des Frères.
Deux importantes difficultés peuvent empêcher une bonne compréhension : 1° Ce texte s'adresse à
des ecclésiastiques; or le clergé est un des trois ordres de la société du 17ème siècle;
et 2° les réalités sociales, les mentalités, les idées ainsi que la manière de les exprimer, le sens des mots sont ceux du 17ème siècle !
Le texte de ce Mémoire sur l'habit est paru dans les Œuvres Complètes de St Jean-Baptiste de La Salle. Nous l'avons retranscrit ici avec sa numérotation habituelle.
1° La lecture du français est d’une utilité beaucoup plus grande et beaucoup plus universelle que la lecture du latin.
2° La langue française, étant la naturelle, est, sans comparaison, beaucoup plus facile à apprendre que la langue latine, à des enfants qui entendent l’une et qui n’entendent pas l’autre.
3° Par conséquent, il faut beaucoup moins de temps pour apprendre à lire le français, que pour apprendre à lire le latin.
4° La lecture du français dispose à la lecture en latin; au contraire, la lecture du latin ne dispose pas à la langue française, comme l’expérience l’apprend. La raison est qu’il suffit, dans la lecture latine, pour la bien faire, d’appuyer sur toutes les syllabes et de bien prononcer tous les mots, ce qui est aisé à faire, quand on sçait bien épeler et lire en français; d’où il suit que les personnes qui sçavent bien lire le français apprennent aisément à lire le latin, et qu’au contraire il faut encore bien du tems pour apprendre à lire en français, après en avoir beaucoup mis pour apprendre à lire le latin.
5° Pourquoi est-ce qu’il faut un grand tems à apprendre à lire en latin ? On l’a dit, c’est que les mots en sont barbares pour les personnes qui n’entendent pas le sens, et qu’il leur est difficile de retenir les syllabes et de bien épeler des mots dont ils ne conçoivent pas la signification.
6° De quelle utilité peut être la lecture du latin à des gens qui n’en font aucun usage dans leur vie ? Or quel usage peut faire de la langue latine la jeunesse de l’un et l’autre sexe qui vient aux écoles chrétiennes et gratuites ? Les Religieuses qui disent l’office divin en latin ont, à la vérité, besoin de sçavoir très bien lire ; mais, de cent filles qui viennent aux écoles gratuites, à peine y en a-t-il une qui puisse devenir fille de chœur dans un monastère. Pareillement, de cent garçons qui sont dans les écoles de Frères, combien y en a-t-il qui étudient ensuite la langue latine ? Quand il y en aurait quelques-uns, faut-il les avantager au préjudice des autres ?
7° L’expérience apprend que ceux et celles qui viennent aux écoles chrétiennes ne persévèrent pas longtemps à y venir, et n’y viennent pas un tems suffisant pour apprendre à bien lire le latin et le français. D’abord qu’ils sont en âge de travailler, on les retire; ou ils ne peuvent plus venir, à cause de la nécessité de gagner leur vie. Cela étant, si on commence par leur apprendre à lire en latin, voici les inconvénients qui en arrivent: ils se retirent avant que d’avoir appris à lire en français, ou de sçavoir le bien lire; - quand ils se retirent, ils ne sçavent qu’imparfaitement lire le latin, et ils oublient en peu de temps ce qu’ils sçavaient, d’où il arrive qu’ils ne sçavent jamais lire, ni en latin ni en français; - enfin, l’inconvénient le plus pernicieux, c’est qu’ils n’apprennent presque jamais la doctrine chrétienne.
8° En effet, quand on commence à apprendre à lire à la jeunesse par le français, elle sçait au moins le bien lire quand elle se retire des écoles; le sçachant bien lire, elle peut s’instruire par elle-même de la doctrine chrétienne, elle peut l’apprendre dans les catéchismes imprimez, elle peut sanctifier les dimanches et les fêtes par la lecture des bons livres, et par des prières bien faites en langue française; au lieu que ne sçachant, en se retirant des écoles chrétiennes et gratuites, que lire en latin, et très imparfaitement, elle demeure toute sa vie dans l’ignorance des devoirs du christianisme.
9° Enfin l’expérience montre que presque tous ceux et celles qui n’entendent point le latin, qui n’ont ni lettre ni usage de la langue latine, surtout les gens du commun, et à plus forte raison les pauvres qui viennent aux écoles chrétiennes, ne sçavent jamais bien lire, et font pitié quand ils le lisent à ceux qui entendent cette langue; il est donc fort inutile de mettre un grand tems à apprendre à bien lire une langue à des personnes qui n’en feront jamais usage.»
1. S'il est à propos de changer ou de conserver l'habit que portent présentement les Frères de la communauté des écoles chrétiennes. Quelle est cette communauté et quels sont ceux qui la composent.
2. Cette communauté se nomme ordinairement la communauté des Ecoles chrétiennes et n'est présentement établie ni fondée que sur la providence. On y vit avec Règles, avec dépendance pour toutes choses, sans aucune propriété et dans une entière uniformité.
3. On s'y emploie dans cette communauté à tenir les écoles gratuitement dans les villes seulement, et à faire le catéchisme tous les jours même les dimanches et fêtes.
4. On s'y applique aussi à former des maîtres d'écoles pour la campagne dans une maison séparée de la communauté qu'on nomme séminaire.
Ceux qui y sont formés n'y demeurent que quelques années jusqu'à ce qu'ils soient entièrement formés tant à la piété qu'à ce qui est de leur emploi
5. Ils n'ont point d'autre habit que celui qu'on porte ordinairement dans le monde, hors qu'il est noir ou au moins fort brun, et ne sont distingués des autres laïques que par un rabat et des cheveux plus courts.
6. Ils y sont instruits à chanter, lire et écrire parfaitement, logés, nourris et blanchis gratuitement, et ensuite on les place dans quelque bourg ou village pour y faire l'office de clercs; et lorsqu'ils sont placés, ils n'ont aucun rapport à la communauté, sinon de bienséance. Ils y sont cependant reçus pour y faire retraite.
7. On élève aussi dans cette communauté de jeunes enfants qui ont de l'esprit et de la disposition à la piété, lorsqu'on les juge propres et que d'eux-mêmes ils se portent à entrer ensuite dans la communauté.
On les y reçoit dès l'âge de quatorze ans et au-dessus.
On les forme à l'oraison et aux autres exercices de piété.
On les instruits dans toutes les matières du catéchisme et on leur apprend à lire et écrire parfaitement.
8. Ces sortes de personnes qui sont formées et élevées dans cette communauté ont maison, oratoire, exercices, table et récréations séparés, et leurs exercices sont différents et proportionnés à la portée présente de leur esprit et à ce qu'ils doivent faire dans la suite.
9. Ceux qui composent cette communauté sont tous laïques, sans étude et d'un esprit au plus médiocre. La providence a voulu que quelques-uns qui s'y étaient présentés ou ayant la tonsure, ou ayant étudié, n'y soient pas restés.
10. On n'y refuserait pas cependant des personnes qui auraient étudié, mais on ne les y recevrait qu'à condition de ne plus étudier jamais.
1. parce que l'étude ne leur est pas nécessaire;
2. parce qu'elle leur serait dans la suite une occasion de quitter leur état;
3. parce que les exercices de la communauté et l'emploi des écoles demandent un homme tout entier.
11. Quelle est la forme de l'habit qu'on porte en cette communauté ?
L'habit de cette communauté est une espèce de soutanelle qui descend jusqu'à mi-jambe. Elle est sans boutons, agrafée par le dedans par de petites agrafes noires, depuis le haut jusque vers le milieu du corps, et de là jusqu'au bas, cousue d'un bout à l'autre.
Le bas des manches est abaissé sur le poignet et fermé par des agrafes qui ne paraissent pas.
12. On nomme cet habit une robe pour ne pas lui donner le nom d'un habit ecclésiastique dont il n'a pas aussi tout à fait la forme.
13. Ce qui sert de manteau est une casaque ou capote sans collet et sans boutons par le devant, agrafée par le haut d'une grosse agrafe par le dedans. Cette casaque est un peu longue, parce qu'elle couvre toute la soutanelle et est environ d'un pouce plus long.
14. Les casaques ou capotes que portent les Frères des Ecoles chrétiennes leur ont été données pour se garantir du froid lorsqu'ils n'avaient pas encore de ces soutanelles particulières telles qu'ils en ont présentement, mais des justaucorps sans poche et fort honnêtes.
15. Les capotes étaient pour lors en usage et on crut qu'elles seraient très propres, utiles et commodes aux maîtres des écoles, particulièrement à ceux qui vont aux écoles hors de la maison et dans les quartiers éloignés pour la commodité des enfants; car ces maîtres se servant de cette capote comme de manteau dans les rues, s'en servent, pendant l'hiver, comme de robe de chambre quand ils sont arrivés dans leurs écoles et dans leur maison.
16. On a fort hésité pour lors si on ne leur donnerait pas des manteaux plutôt que de ces sortes de capotes qu'on jugeait bien devoir être regardées dans la suite comme un habit singulier.
17. Mais quatre considérations en ont empêché : la première, que ces manteaux ne leur serviraient pas dans l'école contre le froid ou les embarrasseraient beaucoup; la deuxième, qu'avec des manteaux courts ils auraient eu l'extérieur d'abbés de cour et on craignait qu'ils prissent l'air; la troisième, qu'ils auraient paru ecclésiastiques, vêtus à la mode et contre l'ordre de l'église quoiqu'ils ne le fussent pas; la quatrième, qu'ils auraient emporté les manteaux aussi bien que les justaucorps à la première tentation qui leur serait venue dans l'esprit et s'en seraient retournés vêtus comme des messieurs, eux qui n'avaient apporté en venant que des habits de paysans ou de pauvres artisans.
18. Ces inconvénients ont fait croire qu'il valait mieux qu'ils eussent un habit qui ne fût ni ecclésiastique ni séculier.
19. Les inconvénients qu'il paraît y avoir de changer cet habit. A l'égard du changement en général.
20. Il y a peu de changements qui ne soient préjudiciables à une communauté particulièrement en des choses qui sont tant soit peu de conséquence.
21. Les changements sont toujours une marque d'inconstance et de peu de stabilité.
Cependant la stabilité dans les pratiques, usages et points de Règles paraît un des principaux soutiens d'une communauté.
22. Un changement en communauté donne occasion et ouverture à d'autres et laisse ordinairement de mauvaises impressions dans l'esprit de tous ou au moins d'une partie des sujets.
23. La plupart des désordres et des dérèglements qui sont arrivés dans les communautés ne sont venus que d'une trop grande facilité à admettre des changements.
C'est pourquoi c'est une maxime reçue de toutes les personnes qui ont expérience de communauté que :
24. avant que d'introduire quelque chose dans une communauté, il faut beaucoup y penser et examiner avec soin les suites bonnes et fâcheuses qu'elle peut avoir; mais après l'y avoir établie, il faut être très circonspect pour ne la pas détruire que par une espèce de nécessité indispensable.
25. C'est apparemment pour cette raison que les RR.PP. Jésuites, ayant trouvé quelques difficultés dans leurs constitutions après la mort de saint Ignace, et ayant mis en délibération dans leur premier chapitre général, si on y apporterait quelque changement, résolurent unanimement qu'on ne les changerait en aucun point, mais que pour éclaircir les endroits qui faisaient difficulté, on ajouterait quelques apostilles par manière d'explication.
26. Inconvénients à l'égard de l'habit en particulier.
27. Le changement d'habit paraît de conséquence dans une communauté; aussi a-t-on pris bien des précautions dans la plupart des communautés religieuses pour ôter toute occasion à un tel changement; et dans plusieurs, l'habit est déterminé, non seulement quant à la forme et quant à la qualité et couleur de l'étoffe, mais aussi quant à la largeur et longueur, et toutes les dimensions sont exactement marquées et circonstanciées afin qu'on y puisse toujours conserver le même habit que dans l'institution.
Et les communautés régulières qui dans leur institution ont pris l'habit ordinaire des autres ecclésiastiques se sont attachées à conserver leur habit primitif pour ne pas donner lieu à des changements et ont par là rendu leur habit singulier.
28. Il y a cinq ans que cet habit est en usage dans cinq villes différentes, tant du diocèse de Reims que du diocèse de Laon.
29. Il y est regardé comme un habit honnête et propre pour y retenir les maîtres dans la régularité et la modestie convenable à leur état et à leur emploi, et pour leur attirer le respect de leurs écoliers et la considération des autres personnes, bien plus que les justaucorps qu'ils portaient auparavant.
30. Le monde y est accoutumé à cet habit, et un changement d'habit donnerait occasion de parler, de le condamner de nouveauté ou de légèreté, et aux supérieurs de (le) réduire à un habit laïque.
31. Il y a près de deux ans que les Frères des Écoles chrétiennes sont employés à Paris avec ce même habit, et personne n'en a parlé par manière de plainte, si ce n'est depuis quelque temps que Monsieur le curé de Saint-Sulpice en parle d'une manière assez forte.
32. Il semble que si cet habit était à improuver, c'était lorsque les Frères des Ecoles chrétiennes sont venus à Paris et avant qu'ils y soient employés dans les écoles.
On aurait dû, pour lors, leur dire qu'on ne leur permettrait pas de tenir les écoles avec cet habit singulier et qu'ils eussent à en prendre un plus en usage.
Ils auraient dû alors prendre leurs mesures.
33. Raisons qui ont engagé à prendre un habit singulier et qui pourraient porter à le conserver.
34. Dans toutes les communautés où les sujets n'ont rein en propre et sont uniformes en tout, telles que celle des écoles chrétiennes, ou dans l'institution ou il le devient dans la suite.
35. Il paraît plus à propos pour le bien d'une communauté que l'habit soit singulier dans son institution que de le devenir dans la suite; parce qu'on ne le change pas ensuite si facilement et que cet habit qui a toujours été singulier ôte toute occasion de prendre les modes et manières de s'habiller des personnes du siècle.
36. Les sujets de cette communauté étant la plupart grossiers, sans élévation d'esprit et sans étude, et ne se conduisant ordinairement que par impression, il faut quelque chose qui leur fasse impression qu'ils sont de communauté, tant pour les engager à y entrer que pour les y retenir et leur y faire observer les Règles.
37. Et rien n'a cet effet d'une manière plus avantageuse qu'un habit singulier qui paraît être le propre d’une communauté où il soit et puisse être en usage d'en porter.
38. Monsieur Vincent a jugé qu'un habit singulier en quelque manière était nécessaire pour retenir les sujets dans sa congrégation. A combien plus forte raison le sera-t-il dans une communauté dont les sujets sont sans étude et sans lumière.
39. Cet habit singulier fait que la plupart de ceux qui entrent dans la communauté ne se mettent pas en peine si la communauté est stable et fondée ou non.
40. Cet habit singulier fait que les séculiers regardent ceux de cette communauté comme personnes séparées et retirées du monde, et il paraît fort à propos qu'on ait cette idée d'eux, afin qu'ils ne fréquentent pas facilement et ne communiquent pas trop aisément avec les personnes du siècle, et qu'ils aient même plus de retenue à leur égard.
41. Avant cet habit singulier, quand on parlait d'observer les Règles, plusieurs disaient qu'ils n'avaient pas plus d'obligation d'observer les Règles que des personnes du monde, puisqu'ils n'en étaient distingués en rien.
42. Depuis l'habit singulier, il ne paraît pas qu'on se fasse difficulté là-dessus, tous se regardant comme personnes de communauté.
43. Avant cet habit singulier, on venait dans cette communauté comme chez un homme qui tenait des maîtres d'écoles comme des domestiques, sans aucune idée de communauté.
Plusieurs y venaient afin de se former et ensuite de se produire. Plusieurs demandaient des gages, et plusieurs autres croyaient qu'on leur était fort redevables de ce qu'ils se contentaient de la vie et de l'habit.
44. Depuis cet habit, on n'a point d'autre idée lorsqu'on demande à y entrer que de venir dans une communauté pour y demeurer le reste de sa vie.
On ne sait ce que c'est que de demander des gages, et on se croit fort heureux d'y être reçu. C'est l'habit seul qui produit ces effets.
45. Avant cet habit, la plupart s'en allaient avec l'habit qu'on leur donnait.
Présentement, cet habit sert pour retenir les Frères dans leurs tentations; quelques-uns ont même avoué qu'ils ont été plusieurs fois en disposition de sortir et l'auraient fait si cet habit ne les avait retenus.
46. Inconvénients qu'il y a touchant l'habit ecclésiastique.
47. Il paraît peu à propos de donner un habit purement ecclésiastique à des laïques qui n'ont point d'études et qui n'étudieront jamais, et qui même, n'ont, ni ne peuvent exercer aucune fonction, ni porter le surplis dans l'église, tels que sont ceux de communauté des écoles chrétiennes.
48. Il n'est pas à croire que Messeigneurs les évêques qui en ont ou en auront dans leurs diocèses, souffrent et tolèrent que des personnes de cette qualité portent l'habit ecclésiastique.
49. Il ne paraît pas que celui qui a la conduite de cette communauté puisse donner une réplique qui soit raisonnable, quand on lui demandera pourquoi, de sa propre autorité, il donne et fait porter l'habit ecclésiastique à des personnes qui ne le sont pas. Quel lieu y aurait-il pour lors de se justifier ?
50. On a eu quelque dessein de leur faire recevoir la tonsure, mais plusieurs personnes, et Monsieur Baudrand ne sont pas de ce sentiment.
Il est même difficile à croire que Nos Seigneurs les évêques veuillent donner la tonsure à des personnes qui n'aient ni ne puissent avoir aucun commencement d'études, ni exercer aucune fonction dans l'église; et c'est cependant ce qu'on prétend des personnes de cette communauté.
51. Il paraît de conséquence que ceux de cette communauté soient distingués d'habit des ecclésiastiques.
52. Ils sont tous les jours dans les paroisses, et leurs écoles en sont proches d'ordinaire; ils y conduisent les enfants pour y assister à la sainte messe et au service divin.
53. Messieurs les curés ne les y souffriront pas en longs manteaux, mais les obligeront d'y porter un surplis, les y emploieront dans des fonctions ecclésiastiques au moins quand ils auront besoin de leur secours.
54. Ce besoin arrivera souvent, parce qu'il y a peu d'ecclésiastiques dans la plupart des paroisses des villes : souvent, il n'y a qu'un curé, ou au plus un vicaire avec lui.
55. Les maîtres se feraient honneur de porter le surplis dans les paroisses, d'y être avec le clergé et d'y exercer des fonctions ecclésiastiques.
56. Ainsi ils quitteraient facilement le soin de leurs enfants dans l'église, qui est cependant la seule chose pour laquelle ils y vont, et qui est d'elle-même bien rebutante à la nature.
57. Tout ce qu'il y a dans cet article est d'expérience : Saint-Jacques, Laon, Château-Porcien.
58. Si les Frères de cette communauté avaient l'habit ecclésiastique, ils auraient facilement la tentation d'étudier, d'être tonsurés, d'avancer dans les ordres, de chercher des emplois dans les paroisses.
59. Ils se lieraient facilement et communiqueraient avec Messieurs les curés et autres ecclésiastiques, les voyant tous les jours, dont la fréquentation trop libre pourrait leur occasionner beaucoup de tentations contre leur vocation et le relâchement dans leur emploi.
60. Le long manteau leur serait fort incommode dans leur emploi.
61. Ils ne pourraient, avec ce habit, se remuer au milieu de leurs écoliers, ni les ranger et tenir aisément en ordre quand ils les conduisent à l'église ou quand ils y sont.
62. On a remarqué qu'avec cet habit, on est en état de renverser la plupart des petits enfants de côté et d'autre, en les voulant ranger.
63. Dans la plupart des villes, on sera obligé de tenir des écoles en différents quartiers, et les maîtres doivent y demeurer tous les jours, trois heures et demie le matin, et autant de temps après le dîner.
64. Dans ces écoles, pendant l'hiver, les maîtres auront besoin d'autres habits que de leurs habits ordinaires pour se garantir du froid. Un long manteau ne leur y servirait de rien pour cet effet, au lieu que leur capote leur sert de robe de chambre dans leurs écoles.