Frère Eugène-Marie :"un grand agronome picard du XIXe siècle"

Janvier 2016

Eugène Chanoine :   - né à Ablancourt , Marne, en 1824 ;
- décédé à Beauvais, Oise, en 1893.

La notice nécrologique de ce Frère des Écoles chrétiennes s’ouvre sur cette affirmation : « Trois mots semblent résumer la vie méritoire et féconde de ce cher confrère : sacrifice, travail, charité. »

Un beau livre de Christian Ferault, qui vient de paraître (Éditions de L’Harmattan, 2015 - 226 pages), porte un sous-titre qui illustre un autre aspect de sa vie :

« Un grand agronome picard du XIXe siècle ».

Frère Eugène-Marie

53 ans de présence à l'Institut de Beauvais

Professeur, sous-directeur et directeur pendant 29 ans

Élève des Frères à Vitry-le-François, il décide à 13 ans de devenir l’un d’eux.

Après son Noviciat à Paris en 1839, il est choisi en 1840 par le Frère Menée (JeanBaron) pour aller à Beauvais : il y restera 53 ans, jusqu’à sa mort.

Professeur polyvalent de matières scientifiques, sous-directeur en 1859 puis, de 1864 jusqu’à sa mort, Directeur de l’Institut Agricole de Beauvais, du Pensionnat et du Cours Normal. De quoi occuper plusieurs vies. Surtout quand seront supprimées les bourses et les sursis qui permettaient aux étudiants de terminer leurs trois années d’études avant de faire leur service militaire.

Directeur d’une École supérieure, le Frère Eugène dérange par son activité débordante et dans un grand nombre de directions : certains confrères et lui ont parfois des relations difficiles. Mais le Frère Eugène sait aussi qu’il peut compter sur un groupe de Frères et de professeurs laïcs de qualité qu’il a su déceler, former et fidéliser.

Un laboratoire de l'Institut agricole de Beauvais

 

Il donne à l’Institut Agricole un grand rayonnement : à la fin de son directorat, les Anciens de l’IAB répertoriés dans l’annuaire de l’Amicale sont venus de 25 pays, des 5 continents. On ne compte plus les médailles et récompenses obtenues par l’Institut agricole sous son directorat.

Des recherches agronomiques multiformes

M. Christian Ferault relève que le mémoire sur la « maladie » de la pomme de terre (publié dans les Annales de l’Institut Normal agricole de Beauvais en 1862) était le premier article véritablement scientifique du Frère Eugène-Marie (p. 72).

Début du machinisme Ses travaux sur la pomme de terre sont bien connus, notamment la mise au point  (sans doute en 1856) de la variété « Institut de Beauvais », mais sait-on assez le nombre d’« espèces », ou plutôt de variétés, qu’il décrit, croise et étudie jusqu’au calcul de rentabilité.

Travaux de moisson et batteuse

Son travail agronomique s’étendra aussi
* aux graminées fourragères (à partir de 1877),
* aux betteraves à sucre,
* aux blés,
* aux animaux ; il crée à l’occasion le néologisme de « gallinoculture »
(p. 140) pour l’élevage des poules.

Initiation au machinismeTous ces travaux ont fait connaître le Frère Eugène-Marie : il sait en effet unir enseignement théorique et pratique avec la recherche-développement, grâce aux deux fermes qu’il loue et surtout dans le cadre de la station agronomique de l’Oise, créée en 1873, installée à l’Institut agricole et dont la direction lui est confiée dès le début.

Un article pour les Annales

Ses travaux forment une partie importante des Annales de la station agronomique : deux fois seulement, ses contributions couvriront moins de la moitié de ces Annales, tandis qu’il ira jusqu’à 90 % en 1885.

Une aura remarquable

Bien qu’obligé de se produire en de no mbreuses occasions, le Frère Eugène-Marie n’aime pas se mettre en avant : à la fin de l’Empire, il refuse la Légion d’honneur afin de ne pas recueillir seul les mérites d’une équipe. Il acceptera une prime d’honneur qui met en valeur ses dévoués collaborateurs.

Lors de son décès, survenu au moment où devait avoir lieu la distribution des prix le 30 juillet 1893, le Journal de l’Oise écrit :

« On ne verra donc plus dans les salles et les cours de l’Institut cet homme, ce religieux de petite taille et grand par la spiritualité même de son abord, venir à vous, la main franche tendue, la physionomie originale, au sourire fin, avec des yeux brillants d’esprit, et par-dessus tout, respirant la bonté à l’égal de l’intelligence. »


M. Christian Ferault cite aussi un article profond du Bulletin religieux qui déclare :

« Le Frère Eugène n’a pas été seulement un homme supérieur, un savant distingué, un éducateur habile, mais un excellent religieux et le modèle des professeurs éminents qui partageaient son apostolat… Avec sa puissante intelligence, il aurait pu, en suivant les sentiers battus du monde, se frayer un chemin vers les honneurs. Il ne l’a pas voulu, préférant n’être toute sa vie qu’un humble Frère des Écoles chrétiennes. » (p. 67).


Frère Alain Houry

 

 

 

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