La formation des Frères avant 1789 par le Frère Paschal

Septembre 2018  Tous les documents publiés

La vie du Frère Paschal

Louis-François Demarquet est né le 13 octobre 1728 à Matigny, dans l’actuel département de la Somme . On ignore quels furent les événements et les rencontres qui conduisirent Louis-François à entrer à l’âge de 19 ans chez les Frères Écoles chrétiennes de Saint-Yon, à Rouen, le 20 octobre 1747. Il y accomplit le noviciat, reçoit le nom de Frère Paschal et suit les études de scolasticat .

La fiche dku Frère Paschal

Sa fiche personnelle, conservée aux Archives de la Maison généralice des Frères à Rome, nous apprend qu’ayant fait ses vœux perpétuels le 1er novembre 1754, il fut directeur dans les années 1770, à Cahors . On n’a pas d’autres renseignements sur sa formation, ni sur son parcours.

On sait que les Frères avaient été appelés à Cahors en 1762 ; l’école supérieure était sans doute une école complétant l’instruction de base donnée à l’école élémentaire (lecture, écriture, calcul) par des notions utiles pour la vie professionnelle des artisans ou commerçants (arithmétique, droit, comptabilité, écriture des actes juridiques, etc.).

Frère Lucard rappelle ainsi son élection comme Assistant, le 10 août 1777 :
« Le choix des députés se porta enfin sur Louis-François Demarquet, dit Frère Paschal, directeur de l’école supérieure de Cahors » .

Il sera reconduit pour dix ans dans sa charge, lors du Chapitre général tenu à Melun du 4 au 21 mai 1787 .

Dans ses fonctions d’Assistant, Frère Paschal s’est préoccupé des visites des communautés. Sa fiche mentionne une Lettre sur la manière de faire les visites, et une visite de la communauté de Ferrare, lors d’un voyage en Italie, en 1785.

Cependant, ce qui prédomine dans les informations dont on dispose, est son souci de la formation des jeunes Frères.
Ce souci se manifeste spécifiquement par un cahier manuscrit de 46 pages, envoyé de Melun, le 6 juin 1786 « au Cher Frère Prudence, directeur des novices de Saint-Yon », suite à une demande de ce dernier.
Ce cahier est intitulé :

« Idées sur les causes de désertion de nos jeunes Frères et sur les moyens de les prévenir, du moins en partie » .


Sur les causes de la désertion des jeunes Frères
Saint-Yon, près de Rouen, lieu du noviciat

Ses écrits

Concernant ce mémoire sur les causes de désertion, nous en retiendrons trois points importants dans l’enseignement du Frère Paschal et comme fondement de son texte principal, l’Esquisse de la vanité de l’homme :

  1. Il souhaitait enseigner aux jeunes Frères une philosophie du vivant et une philosophie de la connaissance (intégrées dans ce qu’on appellera jusqu’au début du XXe siècle la "psychologie"), situées dans une perspective de théologie naturelle. Les facultés intellectuelles de l’homme l’intéressent et, dans la mesure où l’homme est créé à l’image de Dieu, le développement de la raison revêt une dimension naturelle. Cette anthropologie replacée dans une vision de la Création se retrouve dans l’Esquisse de la vanité de l’homme.
  2. L’enseignement philosophique avait un but éminemment pratique (moral), la formation du jugement (au sens cartésien) et la pratique des vertus, ce qui n’est pas sans rappeler la Logique de Port-Royal. La place accordée au développement psychologique et moral et le peu de mention fait de l’apprentissage et de l’enseignement des sciences sont aussi révélateurs de ce point de vue dans l’Esquisse.
  3. Toutefois, l’importance accordée à l’attention, au jugement, au raisonnement, amène à nuancer ce propos et à voir chez le Frère Paschal, un effort pour resituer l’homme comme créature intelligente, faite à l’image de Dieu, douée de facultés intellectuelles qu’il s’agit de valoriser. La cinquantaine de pages de l’Esquisse de la vanité de l’homme, consacrées à la logique et à la philosophie de la connaissance, ont une certaine continuité avec le propos tenu dans le mémoire de 1786.

Envoyé au cher Fre Prudence, Directeur des novices de Saint-Yon par son serviteur soussigné...

Le projet pédagogique

Le projet du Frère Paschal n’a sans doute pas ou peu été appliqué dans la formation : la Révolution allait amener d’autres urgences ! Bien que tout concourt à faire de l’Esquisse le projet d’une formation philosophique destinée aux futurs Frères des Écoles chrétiennes, nous n’avons aucune certitude que ce cours soit bien du Frère Paschal et qu’il ait été donné dans l’un des quatre noviciats ou dans des maisons tenant lieu de scolasticat.

Début du texte de l'Esquisse...

L'Esquisse de la vanité de l’homme est donc un cours de philosophie, conservé aux Archives de la Maison généralice des Frères des écoles chrétiennes, à Rome . Ce document d’archives, non publié, est un manuscrit de 195 pages, comprenant 50 pages de logique, philosophie de la connaissance et pédagogie et 145 pages de morale.

La rédaction de ce texte supposait une formation philosophique et théologique. Or, les Frères du XVIIIe siècle disposaient de très peu de formation dans ces domaines. Frère Paschal a pu être plus ou moins autodidacte car les communautés importantes avaient des bibliothèques de plus en plus conséquentes à la fin du siècle. Des livres comme la Logique de Port-Royal (un bestseller, avec ses 4 réimpressions de 1775), les ouvrages de Malebranche, les Leçons philosophiques de l’abbé Guinot (1778), des manuels de philosophie et de scolastique, ont pu s’y trouver.

Mais on manque de sources précises. En tous cas, le fait que Frère Paschal ait souhaité donner une formation philosophique à de futurs Frères enseignants, pour leur faire découvrir ce qu’est l’homme comme être libre et doué de raison, reste un cas unique parmi les Frères des écoles chrétiennes au XVIIIe siècle.

On est très mal renseigné sur les activités du Frère Paschal en tant qu’Assistant et on perd sa trace après 1792. L’Institut étant supprimé, Frère Paschal bénéficiait normalement des dispositions de la loi du 18 août 1792, titre III ; parce qu’il était Assistant du Supérieur général et résident à Melun, il se voit attribuer le 17 octobre 1792, une pension viagère .

Sa fiche porte la mention : « mort le 12 octobre 1801 ».
Il serait mort à Melun, ce qui laisse entendre qu’il se serait sécularisé sur place en 1792. Peut-être, malgré son âge (65 ans), aurait-il repris alors de l’enseignement à titre civil, comme ce fut le cas de nombreux ex-Frères pendant la période révolutionnaire.

Frère Olivier Perru

 

puce bleue   Pour retrouver les documents du mois déjà publiés.


Ce village constituait à l’époque la paroisse Saint-Éloi de Matigny, au diocèse de Noyon ; pour l’administration civile, il était situé dans l’élection de Péronne et la généralité d’Amiens.

Frère Lucard, Annales de l’Institut des Frères des Écoles chrétiennes, tome II, Paris, Poussielgue et Mame, 1883, p. 414.

Frère Paschal, Demarquet Louis-François, fiche biographique, Rome, Archives de la Maison généralice des Frères des Écoles chrétiennes, section P 10, Rayon 888.

Frère Lucard, Annales de l’Institut des Frères des Écoles chrétiennes, tome II, Paris, Poussielgue et Mame, 1883, p. 414.

Georges Rigault, Histoire générale de l’Institut des Frères des écoles chrétiennes, tome II, « Les disciples de Saint Jean-Baptiste de La Salle dans la société du XVIIIe siècle, 1719-1789 », Paris, Plon, 1938, p. 618.

Frère Paschal, Idées sur les causes de désertion de nos jeunes Frères et sur les moyens de les prévenir, du moins en partie, Rome, Archives de la Maison généralice des Frères des écoles chrétiennes, CF 359/22, p. 46.

Frère Paschal, 1787 (?), Cours de philosophie, Esquisse de la vanité de l’homme, Rome, Archives de la Maison généralice des Frères des Écoles chrétiennes, cote NC 130/2.

Archives du département de la Seine et Marne, L414, 838, cité par Georges Rigault dans son Histoire générale de l’Institut des Frères des écoles chrétiennes, tome III, « La Révolution française », Paris, Plon, 1940, p. 234.

Frère Paschal, Demarquet Louis-François, fiche biographique, op. cit.
Les communautés d’Orvieto et de La Trinité-des-Monts firent célébrer des messes de Requiem en 1801, pour les Frères Assistants Paschal et Sylvestre. Georges Rigault, Histoire générale de l’Institut…, tome III, op. cit., p. 499.