Il y a 150 ans, les Frères arrivaient au Vietnam

Juin 2016  Tous les documents publiés

Tout au long de cette année 2016, les Frères vietnamiens célèbrent le cent cinquantième anniversaire de l’arrivée des premiers Frères dans leur pays.
Depuis un siècle et demi, leur histoire a été parfois glorieuse, souvent tragique, toujours recommencée...

Les premiers temps

En janvier 1866, une petite équipe de six Frères, envoyés par le Frère Philippe, Supérieur général, débarquait à Saïgon.

Ils y reçurent la charge du Collège d'Adran, fondé par les Prêtres des Missions Étrangères de Paris qui lui avaient donné ce nom en mémoire d'un vaillant évêque missionnaire du XVIIIe siècle. On demandait aux Frères de préparer des jeunes gens à devenir secrétaires et interprètes dans les rangs de l'administration civile, ou dessinateurs au service des Travaux Publics.

Le climat chaud et humide éprouvera la santé des Frères ; incendies, cyclones et autres intempéries mettront en péril bien des maisons.

Cela n’entrave pas leur développement : il est soutenu par l’arrivée de nouveaux Frères français et l’accueil de vocations locales, mais il est aussi secoué par de graves événements. En 1882, l’application à l’Indochine des lois de laïcisation des écoles publiques de France oblige les Frères à quitter l’Indochine pendant 8 ans. Ils y reviennent en 1890.

La diversification des œuvres

Dernier Frère directeur d’Adran, le Frère Ivarch-Louis Gaubert ramène une belle équipe de nouveaux Frères avec quelques Frères anciens de 1882. Ils sont accueillis avec enthousiasme deviendra vite un établissement prestigieux formant les cadres du Sud du Vietnam.

L'école Taberd à Saïgon

Noviciat à Thuduc à 2 lieues de Saigon, école de sourds-muets à Giadinh : l’expansion ne se limitera pas longtemps à la Cochinchine. En 1897, c’est l’ouverture de l’école Puginier à Hanoï, de l’école Pellerin à Hué, capitale de l’Annam. Il y aura aussi, dépendant du District de Saïgon, des maisons au Cambodge et en Thaïlande.

La loi de 1904, qui interdit aux religieux d’enseigner en France, ne s’appliquera pas à l’Indochine.

La première guerre mondiale de 1914-1918 aura plus d’incidence sur l’action des Frères, beaucoup d’entre eux étant mobilisés. La crise économique mondiale atteint l’Indochine en 1930 et plusieurs écoles gratuites sont en difficulté.

Principaux lieux des écoles et année de fondation

Un pays bouleversé par des guerres

C’est surtout ce qui commence avec la guerre de 1935-1945 qui va changer complètement la situation du pays : occupation japonaise, soulèvement contre la colonisation française, guerre d’Indochine avec Dien Bien Phu... Les accords d’Évian décident la partition du Vietnam au 17e parallèle (1954).

Les Frères français sont expulsés.

Les Frères vietnamiens, pour fuir le Nord communiste, prennent, avec une bonne partie de la population catholique, la route de l’exode vers le Sud. Ils y donnent un nouveau développement à leurs œuvres, tandis que les Américains tentent en vain de contenir l’avancée des communistes.

En 1962, la visite du Supérieur général, Frère Nicet-Joseph, revêt un caractère presque triomphal.

Le District de Saigon compte 300 Frères et une quinzaine de novices quand, en quelques jours d’avril 1975, le Nord envahit le Sud : tout semble devoir disparaître de la présence et de l’œuvre des Frères.

École Gagelin à Quinhon

Destruction et renaissance

Départ de tous les Frères étrangers, transfert des Frères scolastiques vietnamiens en France ou aux États-Unis, fuite avec les boat-people ; emprisonnement ou camps de rééducation pour les Frères vietnamiens restés dans leur pays...

Après ce temps d’épreuves, pour ceux qui restent la première urgence est de retrouver les bases d’une possible vie de communauté. Puis, en 1980-1987, c’est pour les Frères une phase de consolidation pour préparer l’accueil de nouvelles vocations. Ensuite, patiemment, au fur et à mesure que l’étau communiste se desserre, la mission peut reprendre petit à petit : catéchèse, présence aux jeunes et même enseignement.

Cette action sociale, culturelle et religieuse des Frères montre de nouvelles possibilités d’avenir : c’est surtout cela qu’on célèbre dans ce 150e anniversaire, et pas tellement les œuvres prestigieuses qui ont assis la réputation des Frères.

Quant aux Frères qui avaient quitté le pays, ils ont formé un temps le District de « Saïgon France ». Le Frère Cyprien-Gam, premier Visiteur vietnamien, a réussi à revenir dans son pays, seulement quelques jours comme touriste ; il est mort peu de temps après son retour à Paris.

Saint-Joseph à Haïphong

L’avenir se trouve au Vietnam

Cet avenir est possible grâce à l’incroyable inventivité des Frères vietnamiens pour s’adapter aux conditions du pays et pour répondre aux nouveaux besoins. Mais il leur faudra la solidarité des Lasalliens de partout pour redémarrer des œuvres de grande envergure le jour où cela sera envisageable.

Frère Alain Houry


Une classe en 1953


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