Frères des écoles parisiennes...

Septembre 2019  Tous les documents publiés

Les écoles que tiennent les Frères à Paris ont une histoire liée à celle d’une capitale politique en mouvement permanent.

Un cas... d'école

Vers 1843 par exemple, les statistiques mentionnent que la maison Saint-Philippe-du-Roule (Paris VIII) regroupe 16 Frères animant 4 écoles pour enfants avec 10 classes :

  • rue de la Bienfaisance (future communauté Saint-Augustin),
  • rue d’Orléans (devenue rue Legendre vers 1863 après rattachement de la commune de Batignolles-Monceau),
  • le cours Bonni de la rue Saint-Lazare,
  • et sur la proche commune de Neuilly au 121 rue du Roule (la communauté deviendra autonome en 1847).

Étoiles du Roule

L’école communale et la communauté de la rue de la Bienfaisance emménagent rue du Rocher en 1852, dans un local construit par la ville de Paris. La communauté qui y réside regroupe les Frères travaillant également sur les écoles proches :

  • sur la paroisse Sainte-Madeleine où une communauté autonome ouvre en octobre 1867,
  • sur la paroisse Saint-Louis-d’Antin (avec des écoles rues d’Athènes et de Moscou),
  • sur la paroisse Sainte-Marie-des-Batignolles où une communauté autonome ouvre également en octobre 1867.

À son apogée numérique en 1871, la maison rebaptisée Saint-Augustin regroupe 26 Frères œuvrant dans 9 écoles rassemblant 1 280 enfants dans 30 classes, avec 200 apprentis et 300 adultes en cours du soir.

.

Les principales implantations des écoles

Après encore trois déménagements successifs, la communauté de l’école paroissiale Saint-Augustin fermera ses portes en 1905…

Aux commencements

Mais revenons aux commencements : du vivant de Jean-Baptiste de La Salle, une dizaine d’œuvres éducatives à l’existence plus ou moins brèves sont créées à Paris à partir de 1688 principalement sur le quartier des faubourgs de Saint-Germain-des-Prés. L’école du Pont-Royal, rue du Bac, est sans doute la plus ancienne et fonctionnera entre 1688 et 1792.

En 1717, Paris ne compte qu’une communauté de Frères, rue de la Barouillère, sur la paroisse Saint-Sulpice. Elles seront cinq à la veille de la Révolution avec celles des paroisses Saint-Roch, Saint-Étienne-du-Mont, Saint-Pierre-du-Gros-Caillou (rue Saint-Dominique), et de Sainte-Madeleine. La trentaine de Frères qui y œuvrent sont alors dispersés par la tourmente politique.

L'école du Gros-Caillou

À la faveur du Concordat et de la reconnaissance impériale de l’Institut, les Frères reviennent à Paris. Ils ouvrent une école sur l’île Saint-Louis en 1808 (qui fermera en 1924), et se réinstallent progressivement avec quatre communautés (île Saint-Louis, Saint-Nicolas-des-Champs, Saint-Médard/Saint-Marcel et Gros-Caillou) pour 13 écoles gratuites dès les années 1813-1815. Puis 20 en 1818, avec des écoles financées par des bureaux de bienfaisance, des associations de charité paroissiale, les municipalités et la ville de Paris. En 1819, la Maison-Mère de l’Institut s’installe à Paris.

En 1830, les Frères sont répartis dans une dizaine de communautés. Ils animent 29 écoles dans les 12 arrondissements de Paris (qui passeront à 20 en 1860). La Révolution et l’essor des écoles mutuelles entrainent des perturbations et des fermetures d’établissements, mais marquent le développement des cours du soir pour les adultes qui débutent à Saint-Nicolas-des-Champs cette même année et seront proposés par 6 écoles entre 1830 et 1848.

Dans cette dynamique pastorale pour la jeunesse ouvrière, les Frères s’associent en 1843 à l’œuvre de Saint-François-Xavier et à l’œuvre des Apprentis et des jeunes gens proposant diverses mutuelles d’entraide, de placement et de logement ainsi que des cadres de formation professionnelle et chrétienne. Certaines œuvres évoluent en « Patronages » (animations du dimanche) souvent abritées dans les écoles paroissiales... tenues par les Frères. On compte à Paris 15 patronages paroissiaux en 1861 et 49 en 1896.

Saint-Nicolas-des-Champs et Notre-Dame-de-Lorette

Cette implication auprès du monde ouvrier explique en partie que les Frères n’aient pas eu trop à souffrir des évènements de 1848. Paris a alors 1 million d’habitant, la République est rétablie.

Instituteurs municipaux puis instituteurs libres…

La loi Falloux de 1850 redonne du souffle aux écoles chrétiennes en garantissant la liberté de l’enseignement et en donnant une large place aux institutions religieuses. Malgré les timides débuts de la laïcisation des écoles municipales dès 1861, Paris comptera 110 écoles de Frères accueillant 43 000 élèves, en 1871.
Les écoles sont essentiellement primaires, situées pour moitié dans le centre historique de Paris, pour moitié dans les arrondissements rattachés à la capitale en 1860. Il s’agit en moyenne d’écoles de quartier ayant 3 classes de 60 élèves chacune. Elles accueillent souvent des apprentis et des adultes en cours du soir, ainsi que des « œuvres » et des patronages le dimanche. Certaines accueillent également des enfants « sourds-muets » (une centaine dans 6 écoles en 1861).

Les implantations d'écoles dans le 8<sup>e</sup> arrondissement

Marquant en outre la fin de l’Empire et celle du grand bouleversement haussmannien, 1871 est aussi l’année de la « Commune », épisode douloureux pour les Frères qui se voient exclus des écoles communales dans un climat fortement anticlérical. Pour peu de temps... les Frères retrouvant leur place dans les écoles publiques ensuite.

La laïcisation se développe à Paris après 1879, occasionnant départs, ouvertures d’écoles libres et déménagements. En 1880, 833 Frères animent 44 écoles gratuites accueillant 16 340 élèves de jour et 380 « du soir » et accompagnant quelques 5 000 adhérents des « œuvres de jeunesse ». Deux écoles libres de garçons sur trois sont alors tenues par les Frères.

L'école Saint-Nicolas

L’œuvre de Saint-Benoit-Joseph-Labre est fondée par le Frères Éxupérien en 1882 : ce mouvement de formation spirituelle est au service de l’animation des 6 000 jeunes regroupés dans les 60 patronages de la région parisienne. Il va donner à Paris de nombreuses vocations de chrétiens engagés dont des militants de valeur au premier syndicat chrétien (le SECI , ancêtre de la CFTC) créé par le Frère Hiéron, directeur du Patronage de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle (Paris II) en 1887.

Fondateurs des oeuvres de jeunesse et du premier syndicat

L'histoire continue

En 1900, les Frères animent 57 écoles, dont 4 écoles commerciales (Saint-Sulpice Paris VI, Saint-Ambroise Paris XI, Saint-Michel-des-Batignolles Paris XVII et Saint-Roch Paris I). Les lois de 1904 et les crises mondiales qui s’enchainent annoncent la fin de ce Paris lasallien, porté d’ailleurs essentiellement par des Frères originaires des lointains massifs auvergnats….

Frères de Saint-Thomas

Le nombre d’écoles de Frères passe de 23 en 1918, à 14 en 1937. En 1950, 78 Frères animent encore 7 écoles à Paris et 12 en banlieue, regroupant 5 221 élèves. Il y en a 15 000 de nos jours répartis dans nos 11 établissements « grands parisiens » dont 6 extra-muros.

Mais les banlieues lasalliennes ont une autre histoire…

Frère Bruno Mellet

Documents du mois déjà publiés

« Patronages » – où l’on joue et où l’on prie – lancés par la Société de Saint-Vincent-de-Paul dès 1833.

In L’école Paroissiale de Garçons de Saint-Étienne du Mont (1857-1930), p. 10 - Boite D2204, Archives lasalliennes de Lyon.
On pourra estimer, sous réserve, le nombre de Frères à Paris – hors Maison-Mère – à 800.

SECI : Syndicat des Employés du Commerce et de l'Industrie.

SECI : Syndicat des Employés du Commerce et de l'Industrie.