Les manuels scolaires dans les écoles des Frères

Juillet-août 2018  Tous les documents publiés

« Dans chaque classe se trouvent deux Frères au moins : l’un chargé du français, l’autre, des mathématiques. Les professeurs préparent par écrit les cours à donner aux élèves.
Les manuscrits se complètent d’année en année. Revus, annotés par les maîtres les plus compétents, ils sont soumis à l’approbation des Supérieurs de l’Institut et finalement livrés à l’impression ; ils deviennent pour les élèves des « manuels », que l’on verra dans la suite, hautement appréciés par des personnages éminents et des pédagogues distingués. Destinés primitivement aux écoles des Frères, ils ne tarderont pas à être utilisés dans bon nombre d’établissements scolaires. […]
Citons parmi les ouvrages sortis des maîtres de Saint-Yon, un Traité d’arithmétique à l’usage des pensionnaires et des élèves des Frères des Écoles chrétiennes, un nouvel Abrégé de grammaire à l’usage des Écoles chrétiennes, et de même des traités de tenue des livres, d’arpentage, de dessin et d’architecture. »

Le plus ancien manuel de 1787

Les premiers manuels semblent donc être manuscrits au départ.

Le plus vieux manuel imprimé et conservé aux Archives lasalliennes est le

Traité d’arithmétique
à l’usage des pensionnaires
et des écoliers des Frères
des Écoles chrétiennes
,

édité en 1787, à Rouen,
chez Veuve Laurent Dumesnil.


Avec le développement des écoles au XIXe siècle, l’Institut va prendre des dispositions pour l’impression et la diffusion des manuels, notamment avec la Maison Mame de Tours.


Les relations avec la Maison d’édition Mame

C’est l’archevêché de Tours qui recommande au Supérieur général, Frère Philippe, la Maison Mame pour la publication de ces ouvrages en janvier 1839 .

La coopération entre l’Institut, la Maison d’édition Mame et la librairie Poussielgue débute le 1er janvier 1841 par un contrat liant les trois parties. Nous possédons seulement le deuxième contrat daté de 1851, qui énumère les clauses spécifiques de cette coopération. Cette association est créée pour permettre l’exploitation en commun des classiques des Frères.
Elle vient à expiration le 30 juin 1903. Ce sont ensuite les Maisons Mame et De Gigord qui continuent l’impression des ouvrages.

Dans ce climat d’insurrection pour l’Institut, la congrégation cède le 4 juillet 1903 à M. Mame la propriété exclusive des livres classiques composés par les FEC. Cet acte permet à la Maison Mame de conserver le droit de propriété sur les ouvrages classiques afin d’éviter la mainmise du gouvernement sur ce bien de congrégation.

En 1909, est créée la Société Générale d’Edition (SGE), dont le siège est à Bruxelles. Elle se substitue légalement et fiscalement aux Frères supprimés en France, et la Librairie générale de l’enseignement libre, ouverte rue Vaugirard, assure la diffusion des manuels édités. Mame cède alors la propriété des ouvrages à cette nouvelle société.

Des maisons d'édition indiquées sur les manuels

Les auteurs des manuels

Il est rare d’avoir les noms des Frères auteurs des manuels scolaires. La rédaction était le fait d’une collaboration et le produit fini considéré comme un bien d’Institut. Au XIXe siècle, on utilise généralement l’appellation "Frères des Écoles chrétiennes" pour désigner anonymement le ou les auteurs des ouvrages. Il est aussi d’usage de signer les manuels par les initiales du Supérieur général de l’époque :

  • F. L. C. : Frère Anaclet Claude-Louis CONSTANTIN, 8e Supérieur général, 1830-1838 ;
  • F. P. B. : Frère Philippe BRANSIET, 9e Supérieur général, 1838-1874 ;
  • F. J-O. P. : Frère Jean-Olympe PAGET, 10e Supérieur général, 1874-1875 ;
  • F. I. C. : Frère Irlide CAZANEUVE, 11e Supérieur général, 1875-1884 ;
  • F. J. J. : Frère Joseph JOSSERAND, 12e Supérieur général, 1884-1897.
  • F. G.-M. : Frère Gabriel-Marie (Edmond Brunhes), 13e Supérieur général, 1897-1913
Détail d'une couverture de manuel de dessin par F. G.-M.

Le Frère Gabriel-Marie signera les manuels publiés par l’Institut au début de son généralat, F. G. -M., ou Edmond Gabriel (pour l’enseignement professionnel) ; mais les manuels destinés aux pays hispanophones portent son nom civil "Bruhnes" sous la forme Bruño. Plus tard, Editorial Bruño sera le nom des éditions des Frères en Espagne et en Amérique latine.

Après la suppression de l’Institut en France, pour désigner les auteurs des manuels, on adopte l’appellation « Par une réunion de professeurs », ce qui correspond assez bien à leur méthode de composition.

La maison d’édition LIGEL

À partir des années 1910, les Frères achètent les locaux occupés par la librairie Téqui, situés au 77, rue de Vaugirard à Paris. Ils sont utilisés pour leur société d’édition de manuels scolaires et de livres dénommée « Librairie générale de l’enseignement libre » puis « LIGEL ».

Devanture d'un magasin LIGEL à Paris

Avec les deux guerres mondiales, la Maison d’édition subit de lourdes pertes.
* En 1925, les Frères réclament des dommages de guerre pour l’incendie du dépôt Desclée à Tournai.
* Puis des bombardements, – celui de Tours en juin 1940 et ceux de décembre 1942 et août 1944 à Ivry-sur-Seine –, détruisent pour le premier la Maison Mame et pour les suivants l’imprimerie Gaillac-Monrocq lieux de stockage d’ouvrages et de papier des Frères.

Différents logos de Ligel sur des manuels

La maison d’édition continue tout de même son développement. En 1948-1949, les Frères achètent les éditions-imprimerie « Monrocq Frères ». Puis en 1950, une succursale est créée à Lyon : « Librairie lyonnaise LIGEL » (LLL), – ancienne Procure du District, dénommée « Librairie scolaire lyonnaise », située quai Saint-Vincent. Dans les années 1960, un magasin est ouvert au 2, rue Sainte-Hélène.

Avec le changement constant des programmes scolaires, la maison d’édition n’arrive plus à répondre aux besoins des écoles. La production des manuels diminue. Vers 1977-1978, le fonds de commerce de LIGEL est cédé à la Société Desclée, mettant un terme à la maison d’édition des Frères. La Société Desclée continue par la suite de vendre les ouvrages édités par LIGEL.

Des vendeuses

La base de données des manuels

Les Archives lasalliennes conservent le fonds des archives de la maison d’édition LIGEL – en cours de classement – ainsi qu’une grande série des manuels édités. La collection compte à ce jour plus de 3 000 ouvrages, comportant dans certains cas les éditions et rééditions et les manuels en langues étrangères.
Ces manuels sont désormais accessibles sur le site internet des Archives, dans l’onglet « collections diverses ». Chaque livre fait l’objet d’une fiche descriptive avec la photo de la page de couverture.

Note : Pour la recherche de manuels scolaires par leurs auteurs, on peut utiliser aussi bien les initiales (par exemple : F.P.B.) ou le nom civil (Bransiet), ou le nom de religion (Philippe) ; tous les manuels sont listés si la case "Inclure toutes les formes du nom" est cochée.
Et le caractère % (pourcentage) remplace 0, 1 ou plusieurs lettres.

Magali Devif

=>> Les manuels scolaires.


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FARCY Chanoine, Le Manoir Saint-Yon au Faubourg Saint-Sever, Rouen, éditions Henri Defontaine, 1935, p. 53-54.

Voir aussi Tangui VILLERBU, « La maison Mame et les Frères des Écoles chrétiennes : une tumultueuse union », Mame, deux siècles d’édition pour la jeunesse, Cécile Boulaire (dir.), Presses universitaires de Rennes, 2012, p. 199-208.

Archives de la Maison généralice, Rome, cote EB 162-3 : correspondance de MM Mame et Cie.