Le Frère Barthélémy Milhau et l'entomologie agricole

Novembre 2019  Tous les documents publiés

Repères historiques

Le Frère Barthélémy Milhau est né le 8 avril 1826 à Saint-Flour.
* Il est entré au noviciat des Frères de Paris en 1842.
* Il a enseigné le dessin à la communauté du petit-noviciat, puis au pensionnat de Passy (Paris) entre 1845 et 1849.
* Il enseigne ensuite l’entomologie à Beauvais (Institut agricole et Pensionnat) où il a résidé et a été sous-directeur de 1849 à 1863. Il est enfin sous-directeur au pensionnat d’Orléans, jusqu’à sa mort survenue le 26 février 1867.

Membre de la société entomologique

Dans la séance du 13 mai 1867 de la Société entomologique de France, dans une sorte de notice nécrologique, Eugène-Anselme Desmarest (1816-1890) (1) résume ainsi les apports du Frère Milhau à l’entomologie :

Insectes nuisibles ; dessins signés du F. Milhau

« Depuis longtemps le Frère Milhau se livrait avec passion à l’entomologie, et il chercha surtout le côté pratique de la science. On sait qu’il fit plusieurs collections des insectes nuisibles à l’agriculture et à la sylviculture qui lui valurent des médailles d’encouragement, notamment à la suite de l’Exposition de 1865 au Palais de l’Industrie. Il y a quelques jours il avait envoyé à l’Exposition universelle une nouvelle et riche collection d’insectes nuisibles et de leurs produits. La Revue d'Économie rurale, l'Encyclopédie pratique de l’Agriculture et d’autres recueils, lui doivent d’excellents articles qui montrent une fois de plus que l’entomologie ne se propose pas uniquement un but scientifique, mais qu’elle ne néglige aucune des applications utiles pour tous et dont on ne saurait nier l’importance.»

C’est en 1856 que la « Société admit le Frère Milhau au nombre de ses membres, et plusieurs fois nous l’avons entendu dans nos séances faire d’intéressantes communications ».(2)

À Beauvais, développement du machinisme pour la moisson

Un enseignement pratique

L’Exposition universelle dont il est question est celle qui se tint à Paris, en 1867.
Ce paragraphe est très succinct, mais néanmoins riche : il démontre que pendant son professorat à Beauvais et à Orléans, Frère Milhau travailla et publia en entomologie agricole (en fait quelques notices descriptives) et qu’il identifia des insectes nuisibles dans le but de contribuer à la mise ne place de la lutte contre les ravageurs en agriculture. Il est à noter qu’il travaillait particulièrement sur les coléoptères (ravageurs des céréales, de la pomme de terre, etc.) dont le charançon.

Des insectes nuisibles étudiés par le F. Milhau

Il s’intéressa aussi aux insectes utiles, en particulier aux abeilles, en mettant en place un cours d’apiculture et un rucher expérimental, en 1859 (3) . Par ailleurs, il réussit à diffuser des connaissances entomologiques à travers un réseau qu’il avait su construire. Le caractère appliqué de son travail à l’agriculture, plus spécifiquement en vue d’une protection des cultures qu’on ne parvenait pas à assurer à l’époque, est évident.

Un travail, certes effacé...

L’abbé Gélot, prêtre du diocèse d’Orléans, donne sa version de la vie du Frère Milhau. Il évoque la reconnaissance publique des autorités orléanaises (le préfet, Dureau, et le maire, Vignat) lors des funérailles. Il décrit aussi en termes simples ce que fut la vie de ce Frère :

« Dès 1843, le jeune novice, dont les précieuses aptitudes avaient été vite reconnues et sagement appréciées, était nommé professeur au Pensionnat de Passy (…). Bientôt l’ardent professeur de Passy, après avoir affirmé de plus en plus les succès de son enseignement dans l’école normale de Beauvais, fut nommé, malgré sa jeunesse, sous-directeur du pensionnat que les Frères fondaient alors dans cette ville. Et c’est là que pendant quatorze ans, le Frère Milhau, honoré de la confiance des parents, aimé de ses élèves, dans une position à part, jouissant d’une influence qui s’étendait au loin, a pu encore, (…) se livrer, avec une sorte de passion, à ses études favorites : l’entomologie, l’histoire, la musique et la poésie. » (4)

Culture expérimentale à Beauvais

... mais en collaboration avec des savants

Ce texte évoque l’intégration du Frère Milhau dans la vie et le rayonnement des pensionnats des Frères à l’époque. Les quelques travaux du Frère Milhau que nous pouvons retrouver aujourd’hui semblent cependant assez modestes. Probablement ont-ils été inclus dans la rédaction d’articles et d’ouvrages de scientifiques plus connus : l’agronome Louis Gossin, l’entomologiste Eugène-Anselme Desmarest.
Il semble qu’il ait surtout réalisé et décrit des collections d’insectes nuisibles.

  • En 1860, il présente à la Société entomologique de France, un Discours sur la conservation des Oiseaux, auxiliaires naturels de l'homme pour la destruction des insectes nuisibles, ainsi qu’une communication sur la Braula coeca, hyménoptère parasite des abeilles. (5)
  • Dans la séance du 27 juin 1860, Guérin-Méneville fait mention de ses collections d’insectes utiles et nuisibles présentées dans une exposition d’agriculture qui a eu lieu à Paris en 1860. (6)
  • Dans L’Agriculture en 1862, Eugène Gayot (7) évoque la participation des collections de Milhau à l’Exposition universelle de Londres. (8)

Les archives de la Bibliothèque centrale du Muséum conservent une lettre que le Frère Milhau envoya, en 1862, au Professeur Émile Blanchard.
Il commence en le félicitant pour sa nomination à l'Institut et propose de le rencontrer à Paris. Puis il lui écrit : « Je prends la liberté de vous adresser une petite liste des insectes que je serais heureux de vous devoir. » (9) Dans cette liste, il y a des espèces connues de sauterelles et de criquet, quelques hyménoptères...

C’est donc un entomologiste qui s’adresse au plus haut niveau de l’entomologie en France à cette période, le Professeur Blanchard, au Muséum, pour compléter une collection promise à la plus prestigieuse exposition, la vitrine du savoir scientifique et technique de l’époque, l’exposition universelle.

Émile Blanchard et Louis Gossin

Le manuel d'agriculture de Louis Gossin

Un ouvrage qui donne une idée plus précise des travaux du Frère Milhau est L’agriculture française, principes d’agriculture appliquées aux diverses parties de la France, (10) par Louis Gossin qui était le professeur départemental d’agriculture de l’Oise. Le Frère Milhau réalisa les dessins d’insectes pour ce livre et il est à l’origine des descriptions que fait Gossin des insectes ravageurs des grandes cultures.

Le manuel d'agriculture de Gossin

Gossin adresse ses remerciements dans la préface « au Frère Milhau qui, dans la partie entomologique, m’a aidé de ses lumières et a dessiné les insectes avec le talent de l’artiste et la précision du savant » (11).

Sous le chiffre 1, on voit le nom du F. Milhau

Dans le deuxième tome du livre de Gossin, on se rend compte que le Frère Milhau était un spécialiste du charançon du pois Sitona lineata : « Mon savant collaborateur, le Frère Milhau, s'étant mis en recherche, aperçut à terre un grand nombre de petits coléoptères grisâtres. (…) Comme ces insectes sont de la couleur de la terre, ils se rendent ainsi presque invisibles. Cependant ils ne sont d'ordinaire que trop nombreux. En 1855, le Frère Milhau reconnut qu'un champ de pois attaqué nourrissait en moyenne, par mètre carré, 600 de ces destructeurs ; 6 millions par hectare ! » (12). On apprend aussi qu’il s’intéressait à l’aiguillonnier, Cephus pygmaeus (le cèphe des chaumes, un hyménoptère parasite).

Le travail entomologique de valeur de Barthélémy Milhau restait pourtant descriptif et intégré dans des travaux plus synthétiques ou encyclopédiques de l’époque.
L’humble Frère Milhau est demeuré un inconnu.

Frère Olivier Perru

Documents du mois déjà publiés

Eugène-Anselme Desmarest (1816-1889) est un entomologiste français, fils du zoologiste Anselme-Gaëtan Desmarest (1784-1838).

Eugène-Anselme Desmarest, « Note nécrologique sur Frère Barthélémy Milhau », Séance du 13 mars 1867, Annales de la Société entomologique de France, tome 7, 1867, p. 72.

Henri-Louis Hamet (1815-1889), fondateur de la revue L’Apiculteur, pourtant républicain et homme de gauche, lui rend hommage en citant cette création dans sa revue.

Abbé Gélot, « Le Frère Milhau », Annales religieuses et littéraires de la ville et du diocèse d’Orléans, vol. VII, 1867, 210-213, p. 211-212.

Annales de la Société entomologique de France, 1860, p. XLI-XLII.

Annales de la Société entomologique de France, 1860, p. LVIII. Félix-Édouard Guérin-Méneville (1799-1874) est un grand entomologiste, auteur d’environ 400 publications, disciple de Cuvier et de Latreille dont il compléta les travaux.

Eugène Gayot (1808-1891) fut inspecteur général des haras nationaux et eut un rôle important dans diverses sociétés scientifiques d’agriculture. On lui doit divers traités d’économie rurale et d’agriculture.

Eugène Gayot, L’agriculture en 1862, p. 331.
D’après les quelques textes du Frère Barthélémy Milhau ou à son sujet, il semble que celui-ci ait déjà entrevu l’intérêt de la lutte biologique contre les ravageurs des cultures.

Frère Barthélémy Milhau, Lettre du 12 mars 1862 à Émile Blanchard, Archives de la Bibliothèque centrale du MNHN, Dossier Émile Blanchard, Ms 2826-457.

Louis Gossin, L’agriculture française, principes d’agriculture appliquées aux diverses parties de la France, deuxième édition, tome I, Lacroix et Baudry, Paris, 1859.

Louis Gossin, L’agriculture française, principes d’agriculture appliquées aux diverses parties de la France, deuxième édition, tome I, Lacroix et Baudry, Paris, 1859, p. XI.

Louis Gossin, L’agriculture française, principes d’agriculture appliquées aux diverses parties de la France, deuxième édition, tome I, Lacroix et Baudry, Paris, 1859, p. 255-256.