1720 : une année mouvementée dans l'Institut

Juin 2020  Tous les documents publiés

Seulement un an après le décès de Jean-Baptiste de La Salle disparaissait Frère Barthélemy, 1er Supérieur général.
Ce Frère qui a gouverné l’Institut seulement pendant trois ans a permis de faire la transition après le fondateur. Il a mis en place, avec Jean-Baptiste de La Salle et quelques Frères, les bases de l’organisation de la congrégation. Cependant, sa disparition soudaine laisse l’Institut dans une certaine instabilité.

Fin du premier supériorat (1717-1720)

Frère Barthélemy est élu comme premier Supérieur général en mai 1717 à Saint-Yon, faubourg de Rouen, lors du Chapitre général réunissant seize Frères directeurs.
Il s’entoure d’un petit groupe de Frères pour l’aider à administrer l’Institut et, à sa demande, il est secondé par deux Assistants : Frère Jean Jacquot résidant à Paris et Frère Joseph Le Roux, à Reims.

Sous ce premier supériorat sont élaborées les Règles communes des frères des Écoles Chrétiennes. Après une minutieuse révision par J.-B. de La Salle, elles sont paraphées par le Frère Barthélemy puis envoyées à toutes les communautés. Ce texte intègre aussi la Pratique du Règlement journalier .

Le Frère Barthélémy

Durant cette période, les Frères font l’acquisition de la maison de Saint-Yon qu’ils occupent depuis 1705. Suite au décès de la marquise de Louvois en décembre 1715, les héritiers notifient aux Frères qu’ils désirent vendre le domaine et « Le 8 mars 1718, l’acte d’achat de Saint-Yon fut signé par Joseph Truffet, dit Frère Barthélemy, Supérieur Général, et Charles Frappet, dit Frère Thomas, procureur, au nom de tous leurs confrères. Cette belle et grande propriété leur fut cédée pour quinze mille livres » . Il s’agit alors de l’unique propriété possédée par les Frères.

Plan d'une partrie de la propriété de Saint-Yon

Le 8 juin 1720 – fatigué de ses voyages auprès des communautés et de constitution fragile –, le premier Supérieur de l’Institut meurt à Saint-Yon, âgé de 42 ans. Il est inhumé en l’église de Saint-Sever de Rouen, près du corps de Jean-Baptiste de La Salle.

Instabilité de l’Institut naissant

À la mort du Frère Barthélemy, malgré une administration organisée autour d’un groupe de Frères, l’Institut n’est reconnu, ni par le Roi, ni par le Pape. Ces reconnaissances officielles sont indispensables pour consolider et légitimer l'œuvre. De plus, l’acte de propriété de Saint-Yon ne repose plus que sur un acquéreur, Frère Thomas, alors âgé de 50 ans. Cette situation rend l’Institut fragile.

Le Chapitre général, pour élire le nouveau Supérieur, est organisé en août 1720. Lors de ce Chapitre, plusieurs décisions sont prises, notamment que les délégués au Chapitre soient les directeurs des communautés et qu’en cas de nécessité, on puisse procéder à l’élection d’un Assistant par courrier postal afin de limiter les déplacements des capitulants. Les deux Frrèes Assistants (Frère Jean et Frère Joseph) sont réélus.

Le Chapitre général de 1720

Une publication importante :

La Conduite des Écoles

La Conduite : début de la deuxième partie

Pendant son supériorat, Frère Barthélemy confie à des Frères le soin de terminer la révision de la Conduite des Écoles Chrétiennes. Le Frère Timothée est chargé de faire publier cet ouvrage. La première édition est imprimée en 1720, à Avignon, chez Joseph Charles Chastagnier et compte 218 pages. Un exemplaire de cette édition est conservé aux Archives lasalliennes de Lyon.

La Conduite : deuxième partie, début de l'article 5

C’est un ouvrage collectif, fruit d’années d’expérience de Frères. Il est divisé en trois parties comprenant chacune plusieurs chapitres.
► 1. La première partie intitulée « Des exercices qui se font dans les Écoles chrétiennes et de la manière de les bien faire » est subdivisée en dix chapitres.
► 2. La seconde partie qui comprend neuf chapitres traite « Des moyens d’établir et de maintenir l’ordre dans les écoles ».
► 3. Enfin, le livre se termine par la partie consacrée aux « devoirs de l’Inspecteur des écoles » réparties en quatre sous-parties. Il sera réédité et corrigé pour s’adapter aux évolutions du temps.

Le nouveau Supérieur : Frère Timothée

Frère Timothée, de son vrai nom Guillaume Samson-Bazin, est né en 1682, à Paris. Il fait son entrée dans l’Institut en 1700. Après avoir effectué son noviciat, il est envoyé, pour parfaire sa formation, dans la ville de Chartres. Il y reste jusqu’en 1710 date à laquelle Jean-Baptiste de La Salle lui assigne alors une nouvelle obédience : la direction de l’école de Mende. Les qualités et la régularité du Frère Timothée sont grandement appréciées du Fondateur, qui le choisit pour diriger le noviciat qu’il vient tout juste d’ouvrir à Marseille, en 1712. Suite à la fermeture du noviciat, en 1713, Frère Timothée devient le nouveau directeur des écoles d’Avignon et visiteur des communautés du sud. Il participe au Chapitre général en 1717, pour élire le Frère Barthélemy.
En août 1720, Frère Timothée devient le nouveau Supérieur général .

Le Frère Timothée

Son long supériorat (1720-1751) permet à l’Institut

  • d’être reconnu : les Lettres patentes du roi et la Bulle d’approbation du pape sont obtenues en 1724 et 1725,
  • et de se développer : de nombreuses écoles et maisons de formation de Frères sont créées.

L’Institut subit pourtant, durant cette période, des oppositions : procès sur les droits d’amortissement, diffamation de la part des jansénistes...
Pour ensuite entamer le processus de béatification du fondateur, Frère Timothée fait faire des recherches sur sa vie et ses écrits et confie au chanoine Blain la rédaction de sa biographie.

Après trente années à la tête de la congrégation et voyant sa santé décliner, il présente sa démission au Chapitre général en août 1751. Le Frère Claude (Jean-Pierre Nivet) est élu comme troisième Supérieur général...

Magali Devif

Documents du mois déjà publiés

Henri BÉDEL, Initiation à l’histoire de l’Institut des Frères des Écoles chrétiennes. Origines : 1651-1726, Rome, F.E.C., 1995, p. 157-159.

Chanoine FARCY, Le Manoir de Saint-Yon au Faubourg Saint-Sever de Rouen, Rouen, Éditions Henri Defontaine, 1936, p. 45-46.

Blain écrit que Jean-Baptiste de La Salle avait remarqué chez Frère Timothée : « sa discrétion, son égalité d’humeur, son bon esprit, sa douceur et ses manières gracieuses et polies avaient attiré les yeux de l’Instituteur sur lui, et mérité son suffrage pour être un jour supérieur », Livre 3, chap. XIX, p. 183-184.